La colère gronde dans le monde agricole du Cher. Depuis ce mercredi matin, les agriculteurs se mobilisent massivement à travers le département, multipliant les actions de blocage et les opérations symboliques pour faire entendre leurs revendications.
Dès le milieu de matinée, près de 80 agriculteurs se sont installés à l’échangeur autoroutier du péage de Bourges, qu’ils ont bloqué. Un point stratégique, choisi pour sa visibilité, alors que la contestation s’étend sur plusieurs fronts.
Partis d’Argent-sur-Sauldre dans la matinée, d’autres agriculteurs ont pris position au Subdray, à proximité du lycée agricole. Objectif : sensibiliser les élèves, futurs acteurs du monde agricole. Un cahier de doléances a été mis à leur disposition afin qu’ils puissent consigner leurs revendications et préoccupations face à l’avenir de la profession.
La mobilisation avait débuté bien plus tôt. Vers 4 heures du matin, une vingtaine de tracteurs venus de tout le sud du Cher – de Lignières, Châteaumeillant ou encore du Châtelet – ont convergé vers Bourges. Dans les rues encore désertes de la ville, le convoi a déversé de la paille et des pneus devant la préfecture du Cher ainsi que devant les services de la Direction départementale des territoires (DDT).
Les agriculteurs se sont ensuite dirigés vers la porte de Châteauroux, où ils ont bloqué l’accès à la base logistique Intermarché. La grande distribution est directement mise en cause par les manifestants, qui dénoncent des prix d’achat jugés trop bas pour leurs productions, ne couvrant plus leurs coûts.
Cette mobilisation intervient dans un contexte national et européen tendu. Les agriculteurs s’opposent fermement à la possible signature, en fin de semaine à Bruxelles, de l’accord commercial entre l’Union européenne et les pays du Mercosur. La réforme de la Politique agricole commune (PAC), au cœur d’une manifestation prévue ce jeudi dans la capitale européenne, cristallise également les inquiétudes.
À ces enjeux s’ajoute la gestion de l’épidémie de dermatose nodulaire contagieuse (DNC). Cette maladie bovine a déjà conduit à l’euthanasie de plus de 3.300 animaux, principalement dans le Sud-Ouest. La décision du ministère de l’Agriculture d’euthanasier préventivement l’ensemble d’un troupeau dès qu’un cas est détecté, assortie d’une vaccination massive, est très contestée sur le terrain.
Si la FNSEA et les Jeunes agriculteurs semblent soutenir cette stratégie sanitaire, la colère est d’autant plus vive du côté de la Confédération paysanne et, surtout, de la Coordination rurale. Cette dernière était particulièrement visible ce mercredi matin, avec de nombreux drapeaux et emblèmes jaunes déployés au sein des cortèges.
La mobilisation est appelée à se poursuivre, alors que la profession agricole affirme ne plus vouloir être entendue seulement lors des crises, mais reconnue durablement dans ses réalités économiques et sanitaires.